Il était une fois, sous une feuille de mûrier, un tout petit ver blanc nommé Fil. Fil n’était pas comme les autres vers du jardin. Les autres rampaient, mangeaient, dormaient. Fil, lui, rêvait.

Chaque nuit, quand la lune se levait au-dessus du mûrier, Fil sentait quelque chose remuer en lui — pas dans son ventre, mais dans son cœur. Il pensait aux enfants du village, à leurs petites têtes posées sur des oreillers un peu rugueux, à leurs cheveux qui s’emmêlaient pendant la nuit.

— Je vais tisser quelque chose de doux, se dit Fil. Quelque chose qui caresse au lieu de frotter.

Alors Fil se mit au travail. Il tissa un premier fil, fin comme un cheveu d’ange, puis un deuxième, puis un troisième — jusqu’à ce que son fil devienne un ruban, puis une étoffe, brillante comme la lumière de la lune sur l’eau calme.

Les autres vers riaient un peu. « Pourquoi travailler si fort pour quelque chose d’aussi léger ? » demandaient-ils. Mais Fil savait que la douceur la plus précieuse est souvent la plus discrète.

Il tissa toute la nuit, et toute la nuit suivante, et celle d’après encore. Et quand son cocon de soie fut enfin terminé, il s’endormit à l’intérieur, bercé par sa propre création — la première à jamais dormir sur de la soie de mûrier.

Au matin, le soleil traversa le cocon et fit scintiller chaque fil comme une poignée d’étoiles. Et depuis ce jour, dans le monde entier, quand un enfant pose sa tête sur un oreiller de soie, on raconte qu’il dort un peu comme Fil dormait — enveloppé de douceur, protégé du monde, en train de tisser, lui aussi, ses propres rêves.

Ferme les yeux, petit·e. C’est ton tour de tisser des rêves, maintenant.

Nos taies d’oreiller en soie de mûrier portent, elles aussi, un peu de la douceur de Fil.

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